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Les Chaises vides

Les Chaises vides… Une chanson de Patrick Bruel. Où sont les absents et pourquoi nous manquent-ils tant ? Autrefois, Bruel promenait sa tignasse de minet et chantait des niaiseries qui glorifiaient la jeunesse masculine aisée, murmurant des paroles d’amour à de minces silhouettes féminines toujours en profils, jolies, fines et captives…  Captives d’une époque masculine à la voix enrouée et l’esprit madré. Chair fraîche à consommer sans modération, mais non sans prescription de l’âge. Hulot, PPDA, Epstein…  en savent quelque chose.  

Que nous apprend la société du spectacle ? Que nous sommes des moutons, nous, pousseurs de caddies, promeneurs infatigables le long des douves d’un château monstrueux, fascinés par la lumière des paillettes, à Cannes ou ailleurs…  Incapables d’arrêter de consommer le plus souvent de la merde, incapables de sortir de notre solitude collective, de lever les yeux de nos portables, pour hurler contre ce qui nous tue : le manque de vérité. Mais c’est quoi la vérité ? On ne la saisit pas, elle nous saisit ! C’est ce qui nous tient à cœur et qu’on a déjà oublié.  

 Comment se lever chaque matin et ne pas songer à ce qui nous ronge, si nous sommes toujours, bien sûr, citoyens du monde : les crimes impunis en Cisjordanie, au Sud Liban, où les villages sont rasés comme à Gaza  dans l’indifférence ou l’impuissance totale ? Comment vivre avec l’idée que des millions d’Iraniens souffrent en ce moment de la sénescence d’un promoteur immobilier qui ne rêve que de transformer la Terre en un immense parcours de golf ? Nos existences sont absurdes si nous sommes incapables d’arrêter cela, ou à tout le moins d’ouvrir nos fenêtres et hurler.

 Oui, « les chaises vides », Patrick Bruel, c’était peut-être cela : l’humanité qui a levé son cul pour disparaître à nos yeux. Pas seulement, nos mères, nos pères, nos amis, comme tu le chantes, mais l’Humanité entière.

 Je pense à ce film de Ken Loach, The old oak, sublime d’émotion. Une famille syrienne dans un village gangréné par le racisme quelque part dans le nord-est de l’Angleterre à l’économie sinistrée. Le contact entre le patron du pub et de la jeune Syrienne, c’est un océan d’humanité qui déferle à la fin du film. Et nous pleurons. Ce ne sont plus des larmes que nous versons, c’est un océan qui se vide en nous et qui, avec l’âge et le recul d’une existence qui nous échappent, nous engloutit dans un trop-plein d’amour ontologique impossible à définir. Il y avait naguère les chaînes de solidarité, en se donnant la main par milliers dans le monde ; il faudrait, à présent, ouvrir nos fenêtres à un instant donné et hurler.  Combler, ne serait-ce que quelques minutes, le silence assourdissant de nos chaises vides.

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